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Les contradictions de la rêverie d’intimité : le potier est alchimiste

samedi 15 septembre 2018

Dans "La terre et les rêverie de la volonté" Gaston Bachelard propose divers types de perspectives du caché, des images matérielles de la substance (volonté de voir à l’intérieur de la matière).
L’une de ces perspective est "dialectique". C’est la mise en miniature, entrer à l’intérieur d’une pomme ou de son propre corps par exemple. La perspective est renversée : ce qui est petit est grand. L’intérieur, l’intimité, sont comme une habitation. On y va très facilement en rêve, on l’habite, on ne fait pas que simplement visiter. Les rêveries sont attachées à l’image de l’intime.
Ces rêveries d’intimité sont contradiction : l’intérieur est le contraire de l’extérieur.

Les alchimistes veulent retourner le dedans vers le dehors, faire sortir la substance intérieure.
Bachelard cite Audiberti, "la secrète noirceur du lait" : le lait n’aurait pas cette blancheur sans sa consistance épaisse, pâteuse, sans ses valeurs terrestres en-dessous. Voir en imagination l’envers du lait amène à voir ses reflets bleus à la surface. D’où la noirceur du lait.
C’est exactement ce que je ressens quand j’émaille : pouvoir entrer dans la matière "émail", chaque couleur ayant ses chemins et paysages intérieurs, ses dessous puisés au-delà et en-deçà de la terre, ses autres couleurs intérieures qui éclatent à la surface.

La dialectique de l’imagination trouve plus de réel en ce qui se cache qu’en ce qui se montre.