carreaux de la suite Mishima

lundi 1er octobre 2018, par SylvieDouezy

Fin 2016, début 2017, Emmanuel Poul, mon compagnon, demande à des amis artistes des dessins pour illustrer son site internet dédié aux arts corporels chinois Au Bord de l’Eau. Il propose d’illustrer un passage de "La Mer de la fertilité" de Yukio Mishima.
C’est le début d’un projet avec l’objectif d’exposer une douzaine de carreaux à l’automne 2019.
Certains passages projettent le lecteur dans les images écrites par Mishima. La prose poétique de Mishima provoque une émotion telle que l’image surgit à la lecture, les sons, les odeurs sont là.

Le premier passage, page 59, que nous renommons "Kiyoaki et l’ombre de la lune" :
"Il reposa ainsi, la clarté de la lune inondant le blanc lisse incomparable de son dos dont l’éclat accentuait le contour gracieux du corps, révélant les indices subtils et diffus d’une virilité affirmée ; c’était là clairement non pas chair féminine mais chair d’adolescent eu seuil de l’âge adulte.
La lune brillait avec une intensité éblouissante du côté gauche de Kiyoaki, là où la chair pâle se soulevait au rythme de son cœur. S’y trouvaient trois grains de beauté, petits, presque invisibles. Et tout comme les trois étoiles du baudrier d’Orion s’affadissent sous une lune radieuse, ces trois grains minuscules étaient presque oblitérés par ses rayons."

Carreau Mishima, Kiyoaki et l’ombre de la lune, grès de Saint-Amand, émail bleu, blanc, brun.

Le deuxième passage, page 82, "Les chevaux de neige" :
"Les chevaux hennissaient et leur haleine sortait toute blanche de leurs naseaux, montant en spirale dans les ténèbres d’un ciel hivernal. Kiyoaki aimait, l’hiver, voir les chevaux déployer fièrement leur puissance alors que leur odeur musquée habituelle s’amoindrit et que leurs sabots rendent un son clair sur le sol glacé. Par une chaude journée de printemps, un cheval au galop n’est trop évidemment qu’un animal qui sue sang et eau. Mais un cheval lancé dans une tempête de neige ne faisait plus qu’un avec les éléments, enveloppé dans les tourbillons de l’aquilon, la bête incarnait le souffle glacial de l’hiver."