Sylvie Douézy-Poul, céramiste

Depuis l’enfance je suis curieuse du monde, du pourquoi, du comment, dans quel sens tourne-t-il et quel en est le sens.

J’ai cherché des réponses avec la sociologie quand j’accompagnais les collectivités dans leurs projets d’urbanisme. Et puis j’ai eu besoin de plus d’incarnation, de matière, d’art. J’ai rencontré la matière terre en même temps que j’ai commencé la pratique des arts classiques du Tao (Qi gong, kung-fu) en 2012, l’une nourrissant l’autre encore aujourd’hui. Grâce à un stage de tournage avec la céramiste Marie Tual j’ai découvert la rêverie d’alchimie du travail du potier.
En 2015, j’ai quitté la ville (Nantes) pour la campagne (Bourgogne) où j’ai été gardienne d’une propriété avec un jardin de collection. Le contact avec les éléments naturels – l’argile, la montagne regorgeant de fossiles, les végétaux, les animaux – m’a touché profondément sans que je puisse lui donner sens à ce moment-là. J’ai suivi des stages de tournage avec Dauphine Scalbert et des cours de croquis et modelage sur modèle vivant nu avec Marie-Christine Cadiau ; j’ai intégré des gestes, des techniques et postures artistiques. J’ai encore cherché pendant quelques mois en voyageant de fermes en fermes, et la voie de la terre s’est peu à peu imposée comme évidente.

C’est ainsi que j’ai choisi de travailler la matière terre car elle porte l’empreinte des temps. La poterie, le modelage en terre sont une rencontre entre notre intérieur, notre intimité profonde et l’intérieur de la matière.
Installée à Montours, en Bretagne, depuis 2018, j’ai ouvert l’atelier « Fossiles etc » où j’explore avec énergie et enthousiasme le monde de la préhistoire, des temps anciens, nourrie par la lecture notamment de Gaston Bachelard sur l’imaginaire de la matière. C’est dans l’atelier que je donne forme aux visages, bestiaires, carreaux, saladiers et bols emplis d’empreintes et de peintures à base d’ocres et d’oxydes. J’y accueille aussi le public avec des cours et stages pour transmettre le plaisir d’entrer en relation avec la matière terre.

« La dialectique de l’imagination trouve plus de réel en ce qui se cache qu’en ce qui se montre. » La terre et les rêveries du repos, Gaston Bachelard.

« Ainsi retrouvant je ne sais quelle pâte première dans mes mains vides, tout mon rêve manuel, je murmure : "Tout m’est pâte, je suis pâte moi-même, mon devenir est ma propre matière, ma propre matière est action et passion, je suis vraiment une pâte première. […] Il y a une manière de serrer le poing pour que notre propre chair se révèle comme cette pâte première, cette pâte parfaite qui à la fois résiste et cède." » La terre et les rêveries de la volonté, Gaston Bachelard.